Meilleurs films années 2010 : le bilan d'une décennie
Rétrospective des années 2010 au cinéma : Palmes d'or, Oscars, César, films marquants de tous les continents et adaptations littéraires de la décennie.

Meilleurs films années 2010 : Parasite, Une séparation, Boyhood, Roma et Mad Max: Fury Road résument la décennie. Dix ans pendant lesquels les cinémas coréen, iranien et mexicain ont bousculé Hollywood, les plateformes ont attaqué la salle, et le film de genre a enfin gagné ses galons critiques.
Une décennie qui a rempli les salles jusqu’au bout
La période résiste mieux qu’annoncé au discours sur la mort du cinéma. D’après le Centre national du cinéma et de l’image animée, les salles françaises enregistrent 213,3 millions d’entrées en 2019, deuxième plus haut niveau depuis cinquante-trois ans.
Le record de la période remonte à son ouverture : 217,2 millions d’entrées en 2011, toujours selon le CNC. Entre ces deux bornes, la fréquentation des années 2010 ne s’effondre jamais durablement, alors même que l’abonnement mensuel s’installe dans les foyers.
Le public continue de sortir, il regarde aussi autrement, et les films s’adaptent à cette double vie.
Quand les plateformes s’invitent dans la course aux prix
Roma d’Alfonso Cuarón marque la bascule. Le film remporte le Lion d’or à la Mostra de Venise en 2018, sort principalement sur Netflix en décembre, puis décroche trois Oscars en février 2019, dont celui de la réalisation.
Le Festival de Cannes réagit dès 2018 en imposant aux films de la compétition un engagement de sortie dans les salles françaises. Netflix retire alors ses titres du festival. La fin de la décennie 2010 se joue autant dans les règlements que sur les écrans.
The Irishman de Martin Scorsese prolonge le bras de fer en 2019 : trois heures et demie financées par une plateforme, un passage en salles réduit.
Parasite, le film qui referme la période
Bong Joon-ho obtient la Palme d’or 2019 au Festival de Cannes, puis quatre Oscars en février 2020, dont celui du meilleur film. Aucun long métrage non anglophone n’avait réussi cela auparavant.
Sa mécanique tient dans une idée de mise en scène : un escalier, deux familles, un basculement de ton à mi-parcours. La critique sociale passe par l’architecture avant de passer par le dialogue.
Le film figure en tête de tous les classements des meilleurs films de la période. Notre sélection des films marquants de 2019 détaille cette année charnière titre par titre.
Une séparation ouvre les années 2010 par l’Iran
Asghar Farhadi présente Une séparation à la Berlinale 2011 et repart avec l’Ours d’or, les prix d’interprétation revenant à l’ensemble des comédiens et des comédiennes. L’Oscar du meilleur film en langue étrangère suit en 2012, accompagné du César du meilleur film étranger.
Le dispositif est minuscule : un divorce, une aide-soignante, une chute dans un escalier, et une procédure judiciaire qui n’arrive jamais à trancher. Farhadi filme un pays entier à travers un litige domestique.
Ce film prouve dès 2011 qu’un cinéma national sans star exportable atteint le public occidental sans remake.

Boyhood et Le Fils de Saul, deux dispositifs poussés à bout
Richard Linklater filme Boyhood de mai 2002 à août 2013, par sessions courtes, pour un total d’environ quarante-cinq jours de tournage. Ellar Coltrane a sept ans au premier plan, dix-neuf au dernier : le temps travaille dans l’image au lieu d’être simulé par le maquillage. La Berlinale 2014 décerne à Linklater l’Ours d’argent de la meilleure réalisation.
László Nemes serre la contrainte dans l’autre sens. Le Fils de Saul filme Auschwitz en octobre 1944 sans jamais ouvrir le champ : la caméra colle au visage de Saul, le hors-champ porte l’horreur, et le spectateur reconstruit ce que le cadre lui interdit de voir.
Le Festival de Cannes attribue au film hongrois le Grand Prix en 2015, l’Académie des Oscars la statuette du meilleur film en langue étrangère l’année suivante.
Mad Max: Fury Road fait entrer le genre au palmarès
George Miller sort Mad Max: Fury Road en 2015 et rafle six Oscars lors de la cérémonie de 2016, sur dix nominations : costumes, montage, maquillage et coiffure, décors, montage son et mixage.
Un film d’action australien, tourné en grande partie avec des véhicules réels, entre ainsi dans les films marquants que la critique cite sans réserve. Le grand spectacle quitte le rayon divertissement.
Confier le montage à Margaret Sixel, monteuse sans expérience préalable du film d’action, explique la lisibilité des scènes de poursuite.
Moonlight, la démonstration du budget minuscule
Barry Jenkins tourne Moonlight pour environ 1,5 million de dollars, distribué par A24. Le film récolte 66,7 millions de dollars dans le monde, puis trois Oscars en 2017 : meilleur film, meilleur scénario adapté et meilleur second rôle masculin pour Mahershala Ali.
Le scénario vient d’une pièce de Tarell Alvin McCraney, jamais montée à l’époque. Un texte de théâtre inédit produit donc le meilleur film de l’année selon l’Académie des Oscars.
Trois âges, trois acteurs, une lumière bleue tenue de bout en bout : la contrainte économique se lit comme un parti pris.
Timbuktu et Une femme fantastique élargissent la carte
Abderrahmane Sissako présente Timbuktu en compétition au Festival de Cannes 2014, puis récolte sept César en 2015, dont celui du meilleur film. Son long métrage décrit l’occupation d’une ville du nord du Mali sans forcer le trait : une séquence de football joué sans ballon, parce que le jeu vient d’être interdit, dit tout ce que le cinéma sait faire de la privation.
Sebastián Lelio construit trois ans plus tard Une femme fantastique autour de Daniela Vega, comédienne transgenre d’abord recrutée comme consultante sur le scénario. La Berlinale 2017 lui décerne l’Ours d’argent du meilleur scénario, et l’Oscar du meilleur film en langue étrangère suit en 2018, deuxième trophée de ce type pour le Chili.

Burning et Mademoiselle, la Corée avant Parasite
Park Chan-wook transpose en 2016 le roman Fingersmith de Sarah Waters dans la Corée des années 1930 sous occupation japonaise. Mademoiselle concourt pour la Palme d’or cette année-là.
Lee Chang-dong adapte deux ans plus tard Barn Burning, nouvelle de Haruki Murakami issue du recueil L’Éléphant s’évapore. Burning obtient le prix FIPRESCI au Festival de Cannes 2018 et la meilleure note jamais relevée dans la grille critique du magazine Screen International.
Deux textes étrangers portés à l’écran : la Corée du Sud avait installé son autorité bien avant le sacre de 2019.
L’animation adulte trouve enfin son public
Jérémy Clapin adapte en 2019 Happy Hand, roman de Guillaume Laurant, sous le titre J’ai perdu mon corps. Le film remporte le Grand Prix de la Semaine de la critique à Cannes, puis le Cristal du long métrage au Festival d’Annecy, avant deux César en 2020.
Une main sectionnée traverse Paris pour retrouver son corps : le pitch écarte d’emblée le public familial, et le film trouve pourtant le sien.
Isao Takahata avait ouvert la voie en 2013 avec Le Conte de la princesse Kaguya, tiré d’un récit japonais du Xe siècle.
Meilleurs films années 2010 : les palmarès qui font autorité
La Palme d’or dessine la carte la plus lisible. Dix éditions, presque dix pays, une géographie qui recoupe rarement celle des recettes. Voici les dix Palmes des années 2010, d’après le Festival de Cannes :
- Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, d’Apichatpong Weerasethakul, en 2010
- The Tree of Life, de Terrence Malick, en 2011
- Amour, de Michael Haneke, en 2012
- La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche, en 2013
- Winter Sleep, de Nuri Bilge Ceylan, en 2014
- Dheepan, de Jacques Audiard, en 2015
- Moi, Daniel Blake, de Ken Loach, en 2016
- The Square, de Ruben Östlund, en 2017
- Une affaire de famille, de Hirokazu Kore-eda, en 2018
- Parasite, de Bong Joon-ho, en 2019
Haneke devient avec Amour le deuxième réalisateur à enchaîner deux Palmes d’or sur deux films consécutifs.
Ce que l’Oscar et le César racontent, et ce qu’ils taisent
L’Académie des Oscars couronne sur la période Le Discours d’un roi, The Artist, Argo, 12 Years a Slave, Birdman, Spotlight, Moonlight, La Forme de l’eau, Green Book et Parasite. Une liste plus consensuelle que celle de Cannes, à deux ou trois exceptions près.
Côté français, l’Académie des César distingue Timbuktu en 2015, 120 battements par minute de Robin Campillo en 2018 et Jusqu’à la garde de Xavier Legrand en 2019.
Un palmarès enregistre un rapport de force, pas une vérité. La liste des meilleurs films primés laisse ainsi de côté des cinéastes majeurs de ces dix ans. Le mécanisme ressemble à celui que décrit notre panorama des grands prix littéraires français.

Les adaptations littéraires qui ont marqué ces dix ans
Le rayon librairie raconte la même décennie autrement. Cinq passages du livre à l’écran en fixent les contours :
- 12 Years a Slave, où Steve McQueen adapte en 2013 le récit autobiographique de Solomon Northup publié en 1853, avec un Oscar du scénario pour John Ridley en 2014
- Call Me by Your Name, tiré du roman d’André Aciman paru en 2007, qui offre à James Ivory l’Oscar du meilleur scénario adapté en 2018, à quatre-vingt-neuf ans
- Premier contact, écrit par Eric Heisserer d’après L’Histoire de ta vie de Ted Chiang, nouvelle publiée en 1998
- Gone Girl, dont Gillian Flynn signe elle-même le scénario à partir de son roman paru en 2012
- The Grand Budapest Hotel, que Wes Anderson bâtit à partir des écrits de Stefan Zweig, quatre Oscars en 2015
Winter Sleep complète le tableau : Ceylan puise dans les nouvelles d’Anton Tchekhov pour sa Palme d’or 2014. Notre sélection de livres adaptés au cinéma à lire prolonge ces titres de la décennie 2010.
Ce que le passage au film change au livre
Un tournage réveille un texte, y compris très ancien. Le récit de Solomon Northup, publié en 1853, revient en librairie cent soixante ans plus tard grâce à un film. La nouvelle de Ted Chiang quitte le rayon science-fiction pour la table des nouveautés.
Le changement se voit d’abord sur la couverture. L’affiche remplace l’illustration d’origine, le nom du réalisateur monte parfois au-dessus de celui de l’auteur, et une édition de poche sort avec le film.
Le bénéfice réel se mesure ailleurs. Un lecteur venu pour Burning repart souvent avec deux autres Murakami. Le rayon des films marquants fonctionne comme une porte d’entrée, et notre méthode pour construire une bibliothèque personnelle qui vous ressemble prend ensuite le relais.
Par où reprendre la décennie sans vous perdre
Trois séances suffisent à en saisir l’amplitude. Commencez par Une séparation pour l’ouverture, enchaînez avec Moonlight pour la mutation américaine, terminez par Parasite pour la synthèse.
Ajoutez un quatrième titre hors zone de confort : Le Fils de Saul, ou J’ai perdu mon corps si l’animation vous intrigue.
Prochaine étape : bloquez trois soirées sur un mois, lisez entre deux séances le texte dont le film est tiré, et gardez une trace écrite de vos réactions. Pour bâtir un cycle complet autour de la décennie 2010-2019, notre guide pour organiser une soirée cinéma à thème donne le rythme et l’ordre des titres.